Fermeture des voies sur berges de la Seine à Paris

Le Projet

© Apur - J.C. Choblet

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Fermeture des voies sur berges de la Seine à Paris
Lettre de Bertrand Delanoë à François Fillon

Le Maire de Paris

Paris, le 13 Janvier 2012

Monsieur le Premier ministre,

J'ai été amené, au cours des dernières années, à attirer à plusieurs reprises votre attention sur les aspects particulièrement agressifs de votre politique à l'égard des Parisiens.

Sur le plan financier, vous avez pris des décisions visant directement à affaiblir la collectivité parisienne. Ce sont ainsi 1,3 milliard d’euros de transferts de l’État non compensés qui ont été indûment mis à la charge des contribuables parisiens. Vous n’avez pas hésité à assumer, dans ce domaine, des dispositifs pénalisant spécifiquement Paris : comment ainsi expliquer que le versement de l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) destinée au soutien des personnes âgées dépendantes, soit compensée par l’État à hauteur de 28% en moyenne dans les autres départements français mais de seulement 7% pour ce qui concerne Paris ?

En matière de logement, votre Gouvernement a décidé de réduire ses financements pour la réalisation de logements sociaux dans la Capitale. Malgré l’envolée du niveau des loyers qui frappe durement les familles des classes moyennes parisiennes, vous avez refusé ma demande de pouvoir expérimenter un dispositif d’encadrement pour les premières mises en location et les relocations.

Pendant toute cette période, j’ai pourtant veillé à ce que la Ville de Paris maintienne une attitude constructive vis-à-vis de l’État, en s’associant à la conduite de projets conformes à l’intérêt général. Je pense par exemple à la construction d’un nouveau tribunal de Grande Instance qui se fera, sur ma suggestion, aux Batignolles, ou bien à la réalisation de la Philharmonie à la Villette que la Ville et l’État financent à parité.

Il me semble en effet que les relations institutionnelles entre le Gouvernement et la Ville de Paris ont vocation à s’inscrire dans un cadre loyal et respectueux de la légitimité démocratique de chacun, sans sectarisme ni instrumentalisation à des fins politiciennes.

C’est pourquoi j’ai trouvé particulièrement choquant que l'administration préfectorale soit amenée, sous votre responsabilité, à engager une série de recours contentieux contre d'importants marchés conclus par la Ville de Paris, soit en venant en appui d’intérêts économiques particuliers, soit sous la pression de l’opposition municipale qui Vous représente au Conseil de Paris. Ce fut notamment le cas du plus important marché conclu sous cette mandature, concernant la modernisation de l'éclairage public de la Ville, dont le tribunal administratif a finalement validé la légalité.

Aujourd’hui, deux dossiers majeurs pour l'aménagement de Paris vous conduisent à franchir un nouveau cap en posant des actes d’une particulière agressivité vis-à-vis des Parisiens.

Je pense tout d’abord au projet d’implanter sur le site de Balard les nouveaux locaux du ministère de la Défense. Je ne conteste pas cette opération même si je m’interroge fortement sur son opportunité compte tenu notamment de son coût astronomique pour les finances publiques. Je n’accepte pas en revanche que ce projet puisse se faire aux dépens de la construction de 500 logements que la Ville entend réaliser sur le site voisin de la Croix Nivert, qui accueille actuellement un garage à bus de la RATP. La Ville avait prévu dans son Plan local d'urbanisme la reconstitution de ce garage sur Balard, dans des conditions parfaitement compatibles avec le projet du ministère de la Défense. Or, vous avez fait le choix d’un passage en force en engageant une procédure autoritaire pour modifier le PLU sans l'assentiment de la Ville et, je le souligne, dans des conditions juridiques des plus fragiles. Je n’accepterai pas que la construction à grand prix de bâtiments ministériels et de locaux de bureaux puisse se faire aux dépens de logements sociaux et familiaux, alors que les difficultés des Parisiens pour se loger n’ont jamais été aussi pressantes qu’aujourd’hui.

Vous avez enfin trouvé pertinent, (au lendemain de votre investiture comme candidat UMP aux législatives dans la capitale, de me notifier par Voie de presse votre refus d’autoriser la mise en œuvre de la reconquête des voies sur berges rive gauche. Ce projet validé dans son principe lors des dernières élections municipales, voté par le Conseil de Paris à une large majorité, répond à une véritable attente des Parisiens et correspond à une vision urbaine moderne.

Vous avez pris cette décision sans aucun échange préalable avec la Ville, en balayant l8 mois de procédures d’autorisation conclues par un avis favorable d’une commission d’enquête indépendante et, surtout, en vous appuyant sur des arguments erronés, démentis par vos propres services ministériels.

Vous évoquez notamment des manquements et des incertitudes portant sur l’impact de ce projet en matière de circulation, mïnvitant à vous transmettre une «étude précise et indiscutable». Or, ces études ont été menées par la Ville sur la base d’une méthodologie dûment validée par vos services en juin 2010. Leurs résultats ont donné lieu à un avis circonstancié de la préfecture de région, en date du 23 juin 2011, et qui indiquait : « s'agissant des déplacements, les études présentées sont de bonne qualité. Elles montrent que les voiries auront la capacité d'absorber les reports, en notant toutefois une certaine dégradation des trafics. Des aménagements supplémentaires sur ces voies annexes seront potentiellement a prévoir dans le futur pour réduire ces dégradations ». La Ville a immédiatement tenu compte de cette suggestion en prévoyant la réalisation préalable de ces aménagements, et notamment celle d’une 3ème voie de circulation sur les quais hauts, en amont du Pont de la Concorde.

Sur la base d’un dossier de plus de 500 pages et de 200 pages d’annexes techniques, une enquête publique a eu lieu pendant l’été 2011 et s’est conclue par un avis favorable assortie de deux réserves : la réversibilité du projet et sa compatibilité avec les projets logistiques de Ports de Paris. Ces deux réserves ont été acceptées par la Ville. Le conseil l'administration du Port a validé la compatibilité de la transformation des berges avec son propre schéma de développement et la préfecture de police a précisé ses attentes en matière de réversibilité.

Vous me rappelez enfin que les voies sur berges ont été inscrites par l'UNESCO au patrimoine mondial de l'humanité. Vous me permettrez cependant de croire que cet élément magnifique de la beauté de Paris sera mieux servi par le projet de la rendre aux Parisiens plutôt que de la maintenir dans sa vocation de simple autoroute urbaine. C’est là une conception différente du visage de la Ville qui nous oppose certainement.

Après deux aimées de travail, de concertation et de travail loyal et objectif entre la Ville et l’État, alors que le démarrage des travaux était prévu dans 4 mois, votre décision apparaît donc comme strictement dictée par des considérations partisanes.

Je crois avoir montré depuis mon élection en 2001 comme maire de Paris mon attachement aux règles qui fondent le bon fonctionnement de nos institutions républicaines. Je n’ai jamais mis en cause la légitimité des responsables nationaux investis par le suffrage universel. Je ne saurais cependant tolérer que ceux-ci puissent user de leurs prérogatives pour servir des intérêts partisans. Ainsi, votre décision de nommer M. Dominique Tibéri comme contrôleur général économique et financier de l’État, a été particulièrement choquante. Elle a été heureusement annulée par le Conseil d’État.

L'initiative que vous avez prise hier s’inscrit malheureusement dans cette même logique.

La réponse que je vous adresse aujourd’hui — et à laquelle je joins la totalité des études, avis et documents, dont disposent déjà vos services, pour répondre à vos objections — sera portée à la connaissance des Parisiennes et des Parisiens afin qu’ils puissent se former eux-mêmes leur jugement. J'espère que ces documents vous permettront de formuler une appréciation plus éclairée et vous conduira a autoriser la signature dans les semaines qui viennent d’une convention entre la ville et Ports autonome de Paris.

Si tel n’était pas le cas, ce sera par leur expression démocratique, lors des élections de mai et juin prochains, que les Parisiens pourront le plus efficacement choisir de rendre possible ce projet conçu pour servir leur qualité de Vie et la beauté de leur ville.

Je vous de prie de croire, Monsieur le Premier ministre, en l'assurance de ma considération distinguée.

Bertrand DELANOË

Source : Mairie de Paris

 
Lettre de François Fillon à Bertrand Delanoë

Le Premier Ministre

Paris le 12 janvier 2012
à Monsieur Bertrand DELANOË
Maire de Paris
Hôtel de Ville de Paris
Place de l'Hôtel de Ville
75196 PARIS RP

Monsieur le Maire,

L'enquête publique relative au projet d'aménagement des berges de la Seine a été récemment présentée au Conseil de Paris. Un avis favorable a été donné à l'issue de cette enquête, assorti de deux réserves, l'une relative à la réversibilité des aménagements et l'autre sur la nécessité de préserver l'activité portuaire.

S'il n'appartient pas à l'autorité publique de discuter de l'avis rendu par la commission d'enquête, je relève toutefois que l'avis et les conclusions motivés contiennent des observations sur différents chapitres dont la teneur interpelle.

En premier lieu, s'agissant de la circulation, la commission d'enquête a noté les incertitudes des modèles de report de la circulation des véhicules dans Paris retenus par l'étude d'impact.

Ce point est d'autant plus fondamental que la commission d'enquête souligne, par ailleurs, l'absence réelle d'offre alternative en matière de transports collectifs, même si des études sont en cours à l'horizon 2013. A cet égard elle formule une recommandation pour que la ville de Paris poursuive activement la concertation avec l'ensemble des autres acteurs des transports collectifs.

La même commission n'a pas pu déterminer sa position sur les nuisances. En l'absence d'informations relatives aux usages envisagés pour les aménagements de la rive gauche, craignant une privatisation de l'espace public ou des entraves à la libre circulation des personnes. Liée à l'absence d'information sur les usages, la position de la commission sur le patrimoine et le paysage manifeste de l'inquiétude quant à la conservation de l'aspect minéral des quais, pourtant inscrits au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.

À la lecture de ces conclusions et même si la commission rend un avis positif à la poursuite du projet, je considère que l'État, qui a la propriété des berges via le Port autonome de Paris et qui est responsable des règles de circulation sur les axes structurants, doit assumer sa responsabilité à l'égard de nos concitoyens. En l'état et dans un contexte de multiplication des chantiers d 'infrastructures, il ne m'apparaît pas possible que l'État accepte, via des conventions passées par le port autonome avec la ville, de passer sous silence les manquements et les défauts du projet d'aménagement, dont les premières victimes seraient les Parisiens, qu'ils habitent ou non les quartiers concernés. Je vous précise que ma position concerne les projets d'aménagement de la rive gauche puisque ceux qui ont été prévus rive droite n'ont, semble-t-il, pas suscité les mêmes commentaires de la part de la commission.

Dans le détail, je souhaite que l'État puisse disposer d'une étude de la ville, précise et indiscutable, relative aux reports de circulation envisageables. Il apparaît essentiel que l'autorité investie du pouvoir de police à Paris puisse disposer, avant tout aménagement, des outils nécessaires pour évaluer et maîtriser la circulation automobile au cœur de la capitale. Force est de constater que ce n'est pas le cas. Naturellement il ne s'agit pas de renoncer une fois pour toutes à donner un caractère piétonnier aux berges de la Seine. Mais à l''instar de la recommandation n°1 de la commission, la poursuite des études sur les alternatives de fermetures, soit calendaires (dimanche, jours fériés, vacances etc…), soit spatiales (maintien de la circulation entre le Pont Royal et la Pont de la Concorde) doit être demandée à la ville, tout autant que l'utilisation de modèles arithmétiques fiables relatifs à la circulation. S'agissant des nuisances, je tiens particulièrement à ce qu'elles puissent être anticipées, ce qui suppose de connaître la nature des aménagements que la ville envisage de mettre en œuvre sur les berges.

La position de l'État ne consiste nullement à s'opposer, de façon définitive aux projets de la ville mais à s'assurer de leur maturité effective. Dans l'immédiat, je vous informe que l'État n'entend pas signer de convention avec la ville de Paris, ou prendre toute décision relative aux travaux préparatoires prévisionnels, tant que les difficultés exposées ci-dessus n'ont pas été réglées.

Je vous prie de croire, Monsieur le Maire, à l'assurance de mes sentiments les meilleurs,

François Fillon.

 
2011 SG 195 — Aménagement des berges de Seine Compte-rendu de l’enquête publique, déclaration de projet et avis favorable à la poursuite de l’opération
PROJET DE DÉLIBÉRATION
EXPOSÉ DES MOTIFS
Mesdames, Messieurs,

Le projet de reconquête des berges de la Seine, qui constitue l'une des « 110 initiatives pour la métropole », vise à reconquérir et embellir le centre historique de la cité en redonnant à tous les Parisiens, Métropolitains et Visiteurs un accès au fleuve, en libérant et en partageant de l'espace au profit des piétons, tout en offrant de nouvelles activités.

Je vous rappelle les objectifs que vous aviez approuvés pour cette opération lors de la séance des 5 et 6 juillet 2010:

  • rendre les berges aux piétons, faciliter les accès au fleuve et mieux relier les deux rives, mettre en œuvre une continuité des parcours piétons et cyclables le long de la Seine, améliorer la sécurité des déplacements,
  • développer et diversifier les usages, en offrant des activités sportives, culturelles, citoyennes, économiques liées à la nature et au fleuve et en trouvant des modalités de gestion afin que le plus grand nombre puisse bénéficier des activités proposées,
  • valoriser ce site unique, inscrit au patrimoine mondial de l'humanité, porteur de l'identité de Paris, en développant l'intégration urbaine et paysagère, en supprimant l'aspect autoroutier des berges rive gauche et rive droite et de leurs abords, en offrant un paysage nouveau réconciliant la ville et son fleuve,
  • renforcer la continuité écologique de la Seine et ses abords, dans le cadre des orientations définies par le PADD qui prévoit la mise en valeur de la Seine et la préservation de la biodiversité.

 

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