Fermeture des voies sur berges de la Seine à Paris

Intervention d'Anne Hidalgo au Conseil de Paris (Séance du 13 décembre 2011)

Je rappelle que 60 % des ménages parisiens n'ont plus de voiture, et peut-être qu'un jour, nous arriverons, comme à New York, à simplement 10 % des ménages qui possèdent une voiture parce que ce comportement s'inscrit dans cette idée forte de l'écologie urbaine, de la nécessité pour nos grandes métropoles de jouer un rôle important, notamment face au défi climatique.

Nous souhaitons faire de Paris une ville attractive et elle l'est, d’ailleurs quand une grande entreprise comme GOOGLE choisit Paris pour son implantation européenne et pour son centre culturel européen, c'est bien parce qu'il y a de l'attractivité.

Mais, pour nous, cette attractivité n'est pas du tout antinomique de la qualité de vie au quotidien.

C'est cette activité économique qui nous permet aussi d'avoir la liberté et une forme d'indépendance pour assurer un service public de proximité aux Parisiens et une qualité de vie qui nous est enviée dans beaucoup de grandes métropoles au monde.

La qualité de vie, c'est notamment, sur un espace aussi magnifique que les voies sur berges, de faire en sorte que ce ne soit pas un espace réservé pour les voitures. Les voies sur berges doivent être un lieu de promenade, de poésie.

Je voudrais dire que nous avons choisi de faire des aménagements légers, entièrement accessibles et qui seront démontables en 48 heures pour pouvoir répondre à la question de la réversibilité que M. le Préfet a évoquée et à la question des crues de la Seine.

Je voudrais insister sur la végétalisation, nous ne pouvions végétaliser beaucoup plus, car il s’agit d’un site classé au patrimoine de l'humanité et l'architecte des Bâtiments de France nous demande de respecter ce qu'est aujourd'hui ce paysage, c'est-à-dire un paysage essentiellement minéral.

Les berges seront un espace de promenade et pas un lieu de spectacle permanent. D'ailleurs, nous avons retenu l'équipe ARTEVIA qui a indiqué qu'elle ne visait pas à transformer les bords de Seine en espaces pour les arts de la rue en permanence, mais, au contraire, préservait la possibilité d'avoir aussi des temps de promenade, de respiration, pour les amoureux.

Nous souhaitons, et cela concerne notamment le port du Gros Caillou, que puissent être maintenus, installés ou développés des espaces qui pourront servir soit au transport de voyageurs, soit au fret. Ce sera le cas sur le port du Gros Caillou, c'est le cas aussi à Austerlitz, dans le 13e arrondissement, mais le travail que nous avons fait avec le Port montre que l'on peut tout à fait avoir des installations portuaires qui permettent de remplir la vocation industrielle de la Seine et, en même temps, en faire des espaces de promenade et aujourd'hui, quand le Port de Paris aménage des espaces, ceux-ci, lorsque le port n'est pas en exploitation, sont tout à fait accessibles à la promenade et s'intègrent très bien dans ce paysage urbain magnifique.

Nous avons travaillé sur le développement de cette vocation économique de la Seine et sur l'offre de transport. Nous travaillons avec le S.T.I.F. afin d'avoir un service VOGUEO qui soit vraiment digne de ce nom et qui permette aux voyageurs de naviguer sur la Seine, cela fait partie des propositions que nous avons inscrites avec les élus de la Métropole sur ce projet des voies sur berges.

Il se trouve que le Président de la République est venu inaugurer, il y a à près deux semaines, les nouvelles rames du RER A, ce matériel roulant va permettre à un plus grand nombre de voyageurs de pouvoir circuler sur les transports collectifs à proximité des sites de la Seine, cela est donc déjà fait, tout comme, d'ailleurs, la mise en service de l'automatisation intégrale de la ligne 1 du métro.

Je voudrais également dire à M. DUMONT, qui nous explique qu'il vaudrait mieux faire des crèches, que nous allons faire l'aménagement des quais tout en continuant notre programme de crèches.

Je voudrais, par ailleurs, saluer Mme POIRAULT-GAUVIN, simplement pour dire au groupe U.M.P. que, peut-être, il devrait faire une plus grande place aux jeunes de ce groupe qui, effectivement, ont, quand même, eux, compris que l'avenir n'était pas forcément au tout automobile.

Nous sommes attachés à respecter la réversibilité à juste titre, mais c’est, je crois, un travail en continu que nous devons faire. Nous devons partir d'indicateurs qui permettent de voir ce qu'est la situation aujourd'hui, qui n'est pas idyllique, non plus, parfois, sur les questions de circulation.

Nous savons que Paris a un certain nombre d'emprises qui ne lui appartiennent pas. Pour autant, nous n'avons jamais considéré que parce qu'elles ne nous appartenaient pas, il ne fallait rien en faire. Le rôle d'un maire et des élus locaux est d'engager le dialogue avec la population, mais aussi avec les autorités publiques qui ont un pouvoir qui s'exerce sur une partie du territoire.

Au sujet des questions relatives au dispositif de sécurité, lorsque nous mettons en place Paris Plage, où entre 3 et 4 millions de personnes environ, selon les années, viennent se promener du matin jusqu'à très tard le soir, nous n'avons pas constaté d'incidents graves. Cela signifie que si l’on aménage cet espace, et s’il y a de la présence humaine, le choix d’ARTEVIA est notamment lié à cette présence humaine, on a déjà accompli une grande partie du travail.

Ce lieu doit être un lieu de détente, un lieu dans lequel on se sente bien, et pas un lieu dans lequel la violence ou l'agression soient fréquentes, donc nous allons y travailler, dans ce dispositif partenarial que M. le Préfet a bien voulu appeler de ses vœux, et qui sera une poursuite du travail que nous faisons d'ores et déjà.

Ce projet est un projet ambitieux qui va profondément transformer notre ville, ses usages, et les usages d'un nouvel espace public absolument magnifique. Ce sera aussi un espace qui montrera que Paris garde ce temps d'avance qui nous est cher.