Fermeture des voies sur berges de la Seine à Paris

Intervention de Vincent Roger au Conseil de Paris (Séance du 6 juillet 2010)
Vincent ROGER

Monsieur le Maire,
Chers Collègues,

Au delà des effets d’annonce, la délibération, qui nous est soumise ce matin, pourrait avoir deux mérites.

Le premier devrait nous autoriser à lancer un débat plus larges et moins restrictif que celui qui nous est proposé. Votre délibération nous incite, en effet, à repenser l’avenir de ce patrimoine commun à tous les Parisiens qu’est la Seine. Voulons-nous, par exemple, développer le transport fluvial, notamment des marchandises ? Souhaitons-nous avoir un plan ambitieux pour sauvegarder son écosystème ? Espérons-nous faire de ces berges un cadre harmonieux où coexistent piétons, cyclistes, et automobilistes ?

Le deuxième atout de notre débat, c’est qu’il nous permet de répondre à une question importante : voulons-nous, oui ou non, faire accéder un plus grand nombre de parisiens au fleuve ? La réponse est bien évidement positive. Elle pourrait, me semble-t-il, faire l’objet d’un consensus sur l’ensemble des bancs de notre Conseil.

Pour cela, Monsieur le Maire, il faudrait que notre discours soit en adéquation avec vos actes.

Si, sur la forme, vous faites ce matin en apparence preuve d’ouverture, sur le fond, tout semble malheureusement déjà verrouillé.

L’idée d’aménager les voies sur berges est en soi séduisante, mais vous avez décidé de la préempter sous le prisme, certes avantageux, mais ô combien réducteur de la communication, et non sous celui de la concertation, ou mieux, sous l’angle de la réalité.

Ce qui explique que votre délibération pourrait s’appeler la « délib qui ne tient pas compte de… »

Elle ne tient pas compte des autorités compétentes que vous nous proposez de consulter après nous avoir fait voter. Vous souhaitez donc recevoir, de notre part, un chèque en blanc. Il ne peut en être question de la part d’une opposition aussi vigilante que responsable.

Elle ne tient pas compte ensuite de la réalité, notamment lorsque vous annoncez que la durée des trafics routiers n’augmenterait que de sept minutes en moyenne, si votre projet se réalisait. Je crains, Monsieur le Maire, que vous soyez, si j’ose dire, en dehors des clous de la vie réelle de nombreux parisiens. Je pense d’ailleurs qu’il est assez aisé d’en faire la démonstration par la preuve. Je vous propose, Monsieur le Maire, d’effectuer un dimanche soir, le trajet porte Saint-Clous / l’Hôtel de ville avant 17h et après 17h (heure de réouverture à la circulation des berges). Vous pourriez apprécier. On passe du simple au double en terme de temps passé. Alors, je vous laisse imaginer ce que cela produirait en semaine où la circulation est beaucoup plus dense.

Enfin, votre projet ne tient, surtout pas compte, pour l’instant, de l’avis des parisiens. Votre majorité se gargarise de démocratie locale mais que proposez-vous pour les consulter ? Lors du dernier Conseil du 4e arrondissement, une élue de votre majorité m’a rétorqué que vous alliez organiser des expositions. Vous m’accorderez que c’est une forme de consultation pour le moins perfectible.

Monsieur le Maire, la Seine est la sève de Paris. Elle doit nous fédérer. À vous de faire en sorte qu’elle ne nous divise pas inutilement… Notre Président de Groupe vous a proposé une méthode, celle du bon sens, celle liée au respect de chacun… Pour ma part, je vous suggère d’organiser des états généraux de la Seine. Ils auraient pour mission de répondre en cohérence à toutes les problématiques liées au fleuve. Ils auraient pour ambition de rassembler tous les acteurs de la Seine.

Monsieur le Maire, comme tout grand fleuve, la Seine symbolise le temps qui s’écoule… Vous ne pourriez lui rendre plus bel hommage qu’en prenant le temps de rassembler les Parisiens, tous les Parisiens autour de l’embellissement de ses berges…