Fermeture des voies sur berges de la Seine à Paris

Intervention de Patrick Trémège au Conseil de Paris (Séance du 6 juillet 2010)
Patrick TRÉMÈGE

Monsieur le Maire,

De mémoire d’élu, je ne crois pas avoir jamais eu à débattre d’un projet comme celui que vous nous proposez aujourd’hui, aussi mal préparé, aussi mal présenté, aussi peu étayé, aussi peu concerté enfin et surtout un projet qui répond aussi peu aux préoccupations de nos concitoyens.

Après votre folies de Jean Bouin et votre obstination à refuser à Charlety le rôle qu’il pourrait jouer et au 13e arrondissement de pouvoir bénéficier d’une animation de qualité. (Sûrement que mon arrondissement n’est pas suffisamment classe pour recevoir le stade français pas plus qu’il ne l’a été pour recevoir le T.G.I. !) Nous voilà donc confronté à un nouveau caprice et vous avez la main lourde, 40 millions pour un pseudo réaménagement des voies sur berges.

En écrivant cette intervention je me suis demandé quelles pouvaient bien être vos motivations à nous présenter une telle délibération.

Après tout peut-être souhaitiez-vous à travers ce projet diminuer la pression automobile dans Paris. Je ne vais pas m’étendre sur le sujet, les intervenants précédents l’ont démontré de façon assez claire, en rien vous ne diminuerez le nombre de véhicules dans Paris, les chiffres que vous nous présentez systématiquement sont faux et vous le savez, ils ne tiennent pas compte de la situation économique difficile qui est la nôtre.

Vous ne voulez pas comprendre qu’en très grande majorité les utilisateurs de ces voies ne peuvent faire autrement que de les utiliser parce que la région et vous même n’avez en réalité aucune offre nouvelle de transport. C’est notamment le constat qui a prévalu pour imaginer le grand Paris. (Je comprends mieux le pourquoi de votre opposition.) Vous voulez pénaliser les Parisiens qui vont et qui rentrent du travail, ceux qui utilisant ces voies soulagent par la même toutes les artères de la capitale et enfin tous ceux qui viennent à Paris pour travailler, consommer, en réalité ceux qui enrichissent Paris.

Mais peut-être souhaiteriez-vous améliorer par ce projet la qualité de l’air à Paris ?

Mais là encore c’est un leurre et AIRPARIF vous le démontrerait par ses modélisations, pour peu que vous vous donniez la peine d’interroger ses ingénieurs. En réalité les baisses relatives observées et dont vous vous glorifiiez, suivent à peine les courbes normales de baisse obtenues par l’amélioration des moteurs. Chacun de bon sens et surtout de bonne foi sait qu’en favorisant las congestions de circulation partout dans la capitale, vous augmentez très significativement les pollutions de proximité et les risques sur la santé des Parisiens.

Mais, peut-être aviez-vous un vrai projet ambitieux de reconquête des berges et de valorisation de la Seine. Alors j’ai cherché, j’ai regardé tous les plans et j’ai même regardé à l’envers des feuilles pour voir si je n’oubliais rien, mais non ! Rien. Absolument rien, des petits crobars avec des photos montages mensongers où l’on voit de gentils piétons traverser entre les deux ou trois voitures qui passent par là (surréalistes), des île au milieu du fleuve ou seraient installées des salles de spectacle (j’imagine qu’en cas de crues elle seraient hélitreuillées !). Tout un tas d’installations de plein air, avec au doigt mouillé nos 80 jours d’installation, vous allez avoir l’air fin ! J’ai connu l’APUR plus inspiré en d’autres temps, il faut dire que les commandes des élus étaient probablement moins baroques.

Le plus triste c’est le grand absent de votre dossier, la Seine. Pitoyables vos propositions, rien sur de vraies lignes de transport, rien sur l’utilisation rationnelle du fleuve pour les touristes afin notamment d’éviter que la capitale soit traversée en tout sens par les cars. Sachant que les monuments les plus visités à l’exception de Montmartre sont tous sur la Seine j’imaginai des propositions ambitieuses.

Imaginez vous que je voyais une proposition de gare multimodale associée à un port fluvial dans le 13e arrondissement, gare qui aurait permis grâce à la proximité du train d’envisager le transport de matériaux de construction pour la Z.A.C. ou encore du transport de déchets (proximité du SYCTOM…)
Plus grave vous nous proposez des aménagements là où personne ne les veut et vous oubliez, non, et vous ne voulez pas en faire là où les populations les souhaitent, avouez que c’est pas banal !

C’est pourquoi j’ai notamment déposé un vœu avec mon groupe et auquel j’associe Edith CUIGNACHE pour que soient en priorité examiné de vrais aménagements des berges sur lesquelles il n’y a aucune circulation automobile dans les 12e, 13e et 15e arrondissements. J’observe d’ailleurs que le maire du 13e n’est pas loin de partager mon sentiment puisqu’il propose un vœu similaire c’est vous dire !

J’ajoute à ce vœu celui de voir les berges du 13e arrondissement enfin débarrassées des usines à béton en face de la magnifique Fac Diderot, je souhaite qu’une vraie étude sur les nuisances de ces installations soit menée sans délai.

Monsieur le Maire, la seule explication rationnelle est qu’il vous fallait une idée pour terminer votre mandat, celle-ci ou une autre après tout, et comme vous être majoritaire, vous vous pensez autorisé à faire ce qu’il vous plait. L’opposition que vous traitez avec dédain et condescendance à longueur de séance s’attachera quant à elle à défendre les intérêts des Parisiens et leurs conditions de vie singulièrement au moment où ils rencontrent d’énormes difficultés que vous vous employez à amplifier.