| Intervention de Rachida Dati au Conseil de Paris (Séance du 6 juillet 2010) |
Monsieur le Maire, Vous avez présenté, Monsieur le Maire, le 14 avril dernier, un projet pour « reconquérir » les voies sur berges. Il est peu de dire que votre ambition est contestable tant sur la forme que sur le fond.
Alors que votre projet ressemble à une véritable révolution urbaine, vous avez décidé d’en faire une révolution autoritaire c’est à dire sans les parisiens. Si vous vous êtes enfin décidé à organiser un débat en conseil de Paris, c’est sous la contrainte. Mais ce débat ici n’est pas à la hauteur des enjeux. Un bouleversement de cette nature pour réussir, quelque soit le projet, a besoin d’un débat important, mobilisateur, de longue durée et non d’un débat en catimini. C’est vrai, au premier chef pour les habitants du 7e arrondissement. Mais ce débat concerne également l’ensemble des parisiens. J’ai pu le mesurer en organisant dès le 31 mai une réunion publique sur le sujet. J’avais d’ailleurs invité votre adjointe et vos services, ils ont pu mesurer le trouble. Nous avons tous pu constater que les réponses étaient évasives notamment sur les reports de circulation et l’aggravation des diverses pollutions, à la grande stupéfaction des habitants. On peut naturellement critiquer les voies sur berges dont la mise en place correspondait à la volonté de Georges Pompidou d’améliorer la circulation pour toute l’Ile -de -France en ne faisant pas de Paris un sanctuaire qui exclut ceux qui n’y habitent pas. Votre projet allie tous les inconvénients : Il va augmenter la pollution, provoquer des embouteillages qui vont dégrader le cadre de vie des arrondissements touchés, il va augmenter les difficultés de circulation de tous les franciliens. Il s’agit là de faits concrets de votre volonté d’isoler la ville de son environnement. C’est de cette erreur dont vous ne voulez pas débattre avec les parisiens et avec les franciliens, avec les élus et responsables des communes avoisinantes.
Votre projet d’aménagement des berges correspond à votre philosophie et votre ambition pour Paris, une ville d’où les familles doivent partir faute de crèches, une ville où les femmes qui travaillent seront d’autant plus pénalisées, une ville où ne vivraient que des célibataires n’ayant qu’une seule idée en tête : faire la fête sur des péniches aménagées en night club, et pour seule activité culturelle du skate… Alors que chacun s’accorde à dire qu’au sein de notre jeunesse il y a progression de la consommation d’alcool inquiétante, vous souhaitez augmenter les lieux de consommation. Alors que la Seine a toujours été la colonne vertébrale de la ville, à la fois son poumon et la source de son développement économique, vous voulez en faire un Paris plage permanent avec le sentiment de vacances éternelles. Les parisiens n’ont pas besoin de plus d’embouteillage le jour et de plus de fête la nuit. Ils ont besoin de plus de dynamisme, d’emploi, de logement, de culture vivante. La Seine, les voies sur berges pourraient être un formidable outil si vous aviez une ambition comparable à celle qui a présidé à la création de Beaubourg de la BNF et des aménagements de Bercy. Il faut pour cela arrêter de faire du nombre de boîtes de nuit la mesure de toute chose en bord de Seine. La ville n’est vivante que grâce à la circulation permanente de ceux qui créent et produisent de la richesse. Laissez donc les quais en bordure de Seine remplir leur fonction et aménagez avec inventivité les quais hauts, là où les commerçants offrent aux habitants de ces quartiers de s’achalander. Car, votre projet piéton aura une conséquence directe : des difficultés augmentées pour les petits commerces de bouche. Des livraisons rendues encore plus difficiles, des nuisances encore plus grandes, des riverains qui ne pourront même plus ouvrir leurs fenêtres le dimanche car la voie du haut sera devenue l’autoroute du dimanche. Le bon sens contre l’idéologie Vous êtes, Monsieur le Maire, devenu l’otage de l’idéologie régressive d’une partie de votre majorité. Vos alliés préfèrent tellement la nature à la culture qu’ils ne conçoivent la ville que vide de mouvement, de circulation. Leur objectif n’est pas uniquement de supprimer la circulation comme cela est écrit dans la présentation de votre projet, mais toute circulation ! Il n’est pas étonnant qu’une étude récente place notre ville au 34e rang pour la qualité de vie et que les organisateurs des congrès internationaux préfèrent Vienne et Barcelone. À Barcelone, les familles peuvent vivre, s’installer, circuler. Dans le 7e arrondissement, comme dans d’autres arrondissements, 50 à 100 demandes annuelles de crèches ne peuvent être satisfaites. Je vous conseille d’employer les 12 millions prévus pour votre opération dans le 7ème arrondissement à faire des crèches car sans crèches vous ne pourrez pas attirer les familles, en particulier issues des classes moyennes où les femmes aspirent à travailler. Mais souhaitez-vous que les femmes aient des conditions de vie qui leur permettent de s’émanciper par le travail ? J’en doute. Le 7e n’a plus de piscine publique depuis la disparition des bains Deligny. Une piscine publique servirait à la fois aux habitants du quartier, mais aussi à ceux qui travaillent dans le 7e, je pense aux fonctionnaires des ministères, aux employés des services. Je vous dis cela car mieux vivre dans le 7e, c’est aussi pour ceux qui y travaillent bénéficier de meilleures conditions. Je vous ai proposé que cette piscine puisse se construire sur le terrain de la rue Bixio, nous attendons toujours vos décisions. De même, en ce qui concerne l’aménagement des carrefours dangereux, d’abord pour les plus jeunes et les plus âgés. Et ces 12 millions pourraient aussi servir pour la rénovation des cuisines des écoles dont la vétusté est inqualifiable. Le bio c’est aussi la qualité des cuisines et pas uniquement le gadget. Alors j’en appelle au bon sens des élus des arrondissements, au bon sens des élus de la petite et grande couronne pour qu’ils manifestent très clairement leur volonté de ne pas faire des voies sur berges un instrument d’exclusion des autres, mais qu’il demeure un lieu ou la vie circule et qu’on ne se limite pas à de l’artifice.
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