Fermeture des voies sur berges de la Seine à Paris

Intervention de Gérard d’Aboville au Conseil de Paris (Séance du 6 juillet 2010)
Gérard d'ABOVILLE

Monsieur le Maire, je vous remercie, mais j’espère que, lors de nos Conseils d’arrondissement, M. GOUJON sera aussi sévère avec le temps de parole de notre position.

Je vous dirai tout simplement que la déception est à la hauteur de l’enjeu, qu’à l’heure où la réflexion porte sur le grand Paris, voici un projet étriqué, limité aux quais aujourd’hui dévolus à la circulation, comme si les 26 kilomètres de berges de notre Capitale devaient se résumer à quelques tronçons, aux voies sur berges, sans inclure l’ensemble des arrondissements parisiens, bordés par le fleuve, et même pourquoi pas au-delà puisque la Saine, avec ses quais, est la seule avenue qui permet à ceux qui l’empruntent de franchir le périphérique sans même s’en apercevoir.

Quand on parle de berges à nous, élus du 15e arrondissement, nous avons naturellement une première pensée pour nos quelques cinq kilomètres de quai, en comptant l’Ile aux Cygnes, où les espaces industriels et les espaces de promenade sont parfois si mal répartis.

Il est vrai que, pour vous, les berges des 12e et 15e arrondissement sont une fois pour toutes reléguées aux activités portuaires.

C’est dans la délibération, Monsieur ALAYRAC.

Pourtant, tout y est à faire. Depuis des années, habitants et élus du 15e déplorent, à deux pas du parc André-Citroën, la présence de friches qui concentrent nuisances, insécurité et difficultés d’accès.

Vous nous dites que nous ne pensons qu’à la circulation automobile mais, dès 2003, notre collègue Claire de CLERMONT-TONNERRE a engagé un dialogue avec le Port de Paris dont les responsables ont été reçus à plusieurs reprises par Philippe GOUJON pour tenter de réorganiser les berges, afin notamment d’ouvrir une promenade piétonnière et cycliste ininterrompue.

Vous nous demandez d’approuver premièrement les objectifs poursuivis, deuxièmement les modalités de concertation.

Il y a là deux supercheries , les objectifs tout d’abord, puisque sous couvert de rendre les berges aux parisiens, vous avez comme ambition réelle de réduire la circulation automobile en la rendant insupportable.

Nous savons bien qu’une partie du trafic est un trafic de transit. Nous savons bien qu’il se reportera sur le périphérique et notamment sur le périphérique sud et nous, habitants du 15e, nous savons que ce périphérique, déjà surchargé, est souvent saturé, notamment quand il y a des expositions, et que ceci entraîne un blocage complet de tout le sud du 15e arrondissement.

Comment peut-on croire que la coupure par des feux rouges sur la rive droite n’aura pas pour effet d’embouteiller en permanence le cœur de Paris ? Nous avons tous vécu un certain nombre de crues qui nous en donnent une idée.

Quant à la concertation, c’est un simulacre car les jeux sont faits, tout a été élaboré en douce, tout est boucle. Qu’est ce qu’une concertation ? Des mini débats pour savoir si, ici ou là, on installera une guinguette plutôt qu’un club Mickey ou bien l’examen du plan de répartition des sanisettes ?

En conclusion, le projet qui nous est soumis est sans envergure, sans avenir. Nous espérions un grand projet, faisant l’objet d’un concours d’architectes et de paysagistes, au lieu de quoi voici une opération de communication dont la seule idée forte est un non à l’automobile et qui, dans l’état actuel des choses, je pense notamment à la pauvreté de l’offre de transports en commun, entraînera la paralysie du centre de Paris.

Jean-François LAMOUR vous a présenté un exemple de projet alternatif ambitieux, considérant les berges parisiennes dans leur ensemble, c’est-à-dire pour nous, élus du 15e, en intégrant nos berges dans un tout cohérent avec une vraie promenade piétonnière, des espaces de loisirs, des espaces commerciaux, une recherche d’exemplarité énergétique et tout cela en tenant compte des réalités économiques, c’est-à-dire en conservant une capacité de circulation raisonnable.

C’est la raison pour laquelle nous voterons contre votre projet.