| Intervention de Patrick Trémège au Conseil de Paris (Séance du 8 février 2011) |
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Si j’ai bien compris, Monsieur le Maire, il s’agit pour notre Assemblée d’approuver aujourd’hui le bilan de concertation préalable relatif à l’aménagement des berges de Seine. Je dis “concertation” parce que, à vous écouter, je ne suis pas convaincu que vous sachiez bien de quoi il s’agit quand on parle de concertation !
Monsieur le Maire, comment pourrions-nous, en responsabilité, approuver le bilan d’une si faible concertation et si totalement tronquée ? Vous tirez notamment gloire des 1.750 personnes qui ont participé aux réunions publiques, dont 300 enfants, et - mieux encore ! - des 2.284 contributions dont vous considérez que 65 % ont émis un avis favorable. Autrement dit, avec 1.484 avis favorables, vous considérez sans rire que la concertation a eu lieu, qu’il n’y a plus rien à voir et que le dossier est bouclé. Cette concertation est tronquée et elle n’est pas sincère, dans la mesure où, tout au long de son déroulement, elle a été conduite de façon partisane et politicienne par vos adjoints qui avaient comme feuille de route d’aboutir à la conclusion que vous nous proposez aujourd’hui : rendre les berges aux piétons, développer et diversifier les usages en offrant des activités sportives et culturelles, valoriser ce site unique porteur de l’identité de Paris, renforcer la continuité écologique de la Seine. Comment et qui ne pourrait pas être d’accord sur de telles propositions ? C’est carrément Noël, comme l’a souligné excellemment Edith CUIGNACHE-GALLOIS ! Je m’étonne d’ailleurs qu’il n’y ait pas eu sur ce sujet de véritable plébiscite ! Mais avez-vous, lors de vos présentations, éclairé les publics sur les conséquences de telles mesures, sur les utilisateurs de ces voies et les risques économiques que ne manqueraient pas d’avoir de telles dispositions ? D’ailleurs, qui sont-ils, ces utilisateurs, et combien sont-ils ? De façon empirique, parce que vous n’en dites rien, ils seraient 8 sur 10 à venir de banlieue. Mais que viennent-ils faire à passer par Paris ? J’imagine que ce n’est pas pour le plaisir d’embouteiller la Capitale mais bien pour quelque chose : s’y cultiver, y travailler, y acheter, faire du tourisme ! Et s’ils viennent en voiture, Monsieur le Maire, ont-ils d’autres moyens de venir ? Et, sinon, que vont-ils faire ? Cet aspect économique est notamment soulevé par la C.C.I.P. et la C.G.P.M.E. et, dans la situation qui est la nôtre, est-ce bien le moment d’ajouter des difficultés aux difficultés ? 5 ou 10 ou 15 minutes de temps supplémentaire pour un trajet peuvent vous apparaître, à vous, comme supportables mais qu’en pensent les livreurs ou les taxis ? C’est autant de livraisons et de courses non faites et une pénibilité accrue. Je veux souligner à ce propos que les taxis sont étrangement absents de votre document. J’en reviens, si vous le voulez bien, à ces utilisateurs. Ils nous rappellent nos relations avec les banlieues qui nous entourent, directement et indirectement. La Ville de Paris n’est pas la seule ville de France. Là encore, vous faites une curieuse concertation. L’un de vos adjoints, M. MANSAT je crois, a envoyé de belles lettres à nos voisins avec sûrement une belle brochure en leur demandant : “Alors, vous pensez quoi de mon beau projet ?” Vous faites une relation des réponses pour le moins surprenante ! Car, à vous lire, tous seraient enthousiastes à votre projet. Seul petit bémol avec les Hauts-de-Seine où vous êtes obligé de reconnaître une opposition franche mais, pour le reste, pas de souci. Or, quand on prend la peine de lire avec attention ces courriers, il n’en va pas de même, et je prendrai pour preuve la lettre de Mme Corinne VALLS, représentante du Département de la Seine-Saint-Denis et vice-présidente. Elle vous écrit : “Les temps de parcours dans Paris seront dégradés à l’intérieur de Paris mais c’est compréhensible et, vu la nature des projets, cela me semble acceptable.” Merci de ce jugement. Elle continue : “On ne dispose toutefois pas d’éléments sur la dégradation des temps de parcours des usagers de banlieue et, sur ces aspects, il me serait agréable de pouvoir disposer d’informations complémentaires : la provenance notamment des usagers de transit ou en lien avec la banlieue, les impacts éventuels sur le fonctionnement des portes de Paris notamment en Seine-Saint-Denis et les modifications des conditions de circulations pour les flux de transit entre Paris et banlieue.” Madame VALLS, comme M. BRÉTILLON, Président de la Communauté de communes Charenton/Saint-Maurice, comme M. ÉBLÉ, Président du Conseil général de Seine-et-Marne, comme M. GAUTIER, au nom des maires des Hauts-de-Seine, tous, en reconnaissant l’intérêt d’une mise en valeur des berges, font part de leur grande inquiétude quant à l’interruption des circulations Est/Ouest. Monsieur le Maire, le groupe U.M.P. ne dit rien d’autre. Acceptez de considérer qu’une expérimentation avec réversibilité serait de nature à rassurer et à apaiser les inquiétudes que tous manifestent et appellent à ce que ce projet s’inscrive dans le cadre du Grand Paris dessiné par le Président de la République et non pas celui d’un tout-petit Paris égoïste et étriqué tel que vous l’envisagez. Par ailleurs, dans les berges de Seine, il y a certes les berges mais il y a aussi et surtout la Seine qui reste notre plus fabuleuse avenue et que vous ne traitez que très accessoirement. Le temps me manque pour évoquer complètement les pistes qui auraient pu être évoquées et débattues à cette occasion. Le groupe U.M.P. profite de ce débat pour vous demander d’inscrire rapidement, Monsieur le Maire, un débat sur l’utilisation de la Seine. Un mot rapide, si vous me le permettez, sur les amendements que vous nous proposez, notamment dans le 13e arrondissement. Certes, vous accédez à nos demandes de prolongation des itinéraires entre le 5e et le 13e arrondissement, c’est bien, mais n’attendez pas de moi un satisfecit tant que ne seront pas déménagées les usines à béton polluantes, à tous points de vue, qui continuent d’être sur les quais. Il est paradoxal, Monsieur le Maire, que vous proposiez des aménagements à des arrondissements largement dotés en animation et que vous les refusiez à ceux de l’Est, très déficitaires. En conclusion, Monsieur le Maire, et vous l’avez clairement exprimé tout à l’heure, vous vous situez dans une attitude purement et totalement électoraliste. Pour vous, tout se passe comme si la Ville de Paris se résumait aux loisirs des habitants avec des week-ends de 7 jours. Faut-il rappeler, Monsieur le Maire, que Paris vit aussi de ses activités économiques ? Je vous remercie.
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