Fermeture des voies sur berges de la Seine à Paris

Intervention de Anne Hidalgo au Conseil de Paris (Séance du 8 février 2011)
Merci beaucoup, Monsieur le Maire.

Mes chers collègues, je me réjouis du débat très dense que nous avons eu ce matin et qui vient conclure une période de concertation de six mois.

M. LAMOUR a parlé tout à l’heure d’une concertation pour rien, j’ai quand même plutôt le sentiment que c’est une concertation qui a été menée dans un temps maîtrisé et qui a permis d’associer énormément de Parisiens, de Franciliens, au travail que nous sommes en train d’élaborer sur les voies sur berges.

D’abord, je le redis, nous nous étions vus cet été, on avait jeté les bases de ce que pourrait être ce projet des voies sur berges. J’avais lancé la concertation en expliquant comment elle allait se dérouler : concertation dans les arrondissements, concertation également avec les habitants de la métropole et les élus de la métropole.

C’est une concertation que nous avons voulu innovante, en associant notamment des enfants. Là aussi, Monsieur LAMOUR, n’opposez pas la légitimité des enfants, futurs citoyens, à celle de la Chambre de Commerce. Soyez un peu ouvert au monde et ouvert à l’énergie que nous apporte la jeunesse de notre ville.

Donc, cette concertation a été menée et je voudrais, à ce stade, vraiment remercier non seulement mes collègues de l’Exécutif parisien, qui ont conduit ces réunions, je pense bien sûr à Annick LEPETIT, à Pierre MANSAT, à Hamou BOUAKKAZ, à Anne LE STRAT, mais également à Colombe BROSSEL, Fabienne GIBOUDEAUX ou encore Christophe GIRARD, qui m’ont accompagnée dans beaucoup de ces réunions.

Je voudrais aussi saluer le travail très intense qu’a fait notamment l’A.P.U.R., qui n’est pas un petit atelier, un petit service, c’est un atelier d’urbanisme qui nous est envié par beaucoup. D’ailleurs, il contribue très fortement à toute la réflexion métropolitaine et est directement lié au futur A.I.G.P.

Je voudrais aussi remercier, bien sûr, le Secrétariat général de la Ville, l’ensemble des fonctionnaires et les collaborateurs qui ont permis d’avancer pendant ces six mois, de façon extrêmement précise, sur tous les sujets que nous avions à aborder.

Je remercie également les services de l’Etat, notamment vos services, Monsieur le Préfet, mais aussi les relations que nous avons pu avoir avec vous, avec la Préfecture de Région, parce que je dois dire que cela s’est fait dans un esprit totalement constructif.

Chacun a évoqué effectivement les points sur lesquels on souhaitait pousser la réflexion et les études. Mais, comme vous l’avez dit dans votre intervention, nous partageons un horizon commun, celui de la diminution des voitures à Paris. Je voudrais vous remercier du travail qui a pu être fait avec vous et avec vos services, comme avec Port de Paris.

Pour aller plus rapidement et répondre à certaines des questions, dans plusieurs interventions, notamment de l’U.M.P., vous nous avez expliqué qu’on allait à nouveau contre le sens de l’Histoire, puisque le sens de l’Histoire serait toujours celui de la place de la voiture qu’il ne faudrait absolument pas revoir à Paris.

Eh bien, je vous dis, mes chers collègues de l’opposition : voyagez un peu, ouvrez vos horizons, allez voir ce qui se passe dans les autres villes du monde ! Vous verrez qu’il y a là une culture urbaine, une culture de l’écologie urbaine, qui est vraiment partagée par des villes qui sont d’ailleurs dirigées, parfois par des conservateurs, parfois des gens qui sont plutôt des progressistes, mais partout, dans toutes les villes du monde, il y a cette volonté de diminuer la pollution atmosphérique en diminuant la place de la voiture.

Nous, nous le faisons avec ambition et avec pragmatisme. C’est vrai que le choix que nous avons fait, et que nous maintenons - c’est pourquoi je dis à nos amis “Verts” que nous n’accepterons pas les vœux qui poussent à fermer aujourd’hui la rive droite -, nous le faisons avec pragmatisme parce que nous avons bien étudié les conditions, notamment de circulation et d’usage, des deux voies, rive droite et rive gauche. C’est cette ambition écologique de qualité de vie, mais aussi ce pragmatisme qui nous a guidés.

Mes chers collègues de l’opposition, vraiment, voyagez ! Partagez, notamment dans les associations de maires internationales qui se réunissent, partagez avec eux leur vision urbaine ! Vous verrez, vous allez être bientôt les derniers des Mohicans défendant une vision de la ville qui doit continuer, devrait continuer à s’organiser autour de la voiture ! Nous ne sommes plus à l’ère des Trente Glorieuses et notamment des années soixante-dix où il fallait construire la ville autour de la voiture.

Je voudrais vous dire aussi, assez rapidement, vous avez tous exprimé, notamment à l’U.M.P., mais aussi au Nouveau Centre, l’idée qu’il faudrait consulter l’A.I.G.P. On les a réunis d’ailleurs vendredi soir et cela s’est très bien passé Pierre MANSAT, le Maire de Paris, le Président de la Région, le Président de Paris Métropole, le Président de l’A.M.I.F., nous étions réunis avec - les 10 équipes n’étaient pas là - neuf équipes - il manquait l’équipe italienne de Bernardo SECCHI, mais les neuf autres équipes étaient là - et nous avons eu une réunion que tous ont qualifiée d’historique, tant l’envie de travailler ensemble sur les projets métropolitains est forte, tant, également, il y a, je crois, de la confiance entre les architectes du Grand Paris et les élus de nos collectivités.

Je voudrais vous le dire, parce qu’il ne faudrait pas que vous jouiez à instrumentaliser les uns et les autres. J’ai entendu d’ailleurs une forme d’instrumentalisation de M. le Préfet de police lorsque, parfois, certains élus de l’U.M.P. reprennent vos propos en disant : “c’est au nom du Préfet de police qu’on s’exprime en tant que membre de l’U.M.P.” ; j’ai eu l’occasion de dire dans les médias que je trouvais que ce n’était pas une bonne façon d’appréhender ce qu’est le rôle d’un Préfet et d’un haut fonctionnaire que je respecte. Je pense que chacun doit rester dans son rôle, tout comme vis-à-vis de l’A.I.G.P., chacun doit rester dans son rôle. Rester dans son rôle, c’est quoi ? C’est ne pas penser… Surtout, n’imaginez pas une seconde que les architectes qui sont des grandes gueules, des gens très libres, très indépendants, instrumentalisables par personne, vont s’amuser à répondre à votre requête pour venir bloquer le projet de Paris. En tout cas, ils n’en ont absolument pas l’intention.

En revanche, que nous les sollicitions d’ici l’élaboration du dossier de l’enquête publique pour qu’ils nous apportent leur avis, leurs idées, sur ce que peut être ce beau paysage de la Seine dans sa Métropole et dans Paris, c’est déjà chose faite, puisque nous avons prévu, effectivement, de recueillir leur avis, mais surtout, respectez chacun dans la fonction qui est la sienne et n’essayez pas de faire jouer des rôles politiciens à des gens qui jouent des rôles soit de haut fonctionnaire, soit d’architecte, qui nous ont dit très précisément d’ailleurs qu’ils n’entendaient absolument pas le rôle de l’A.I.G.P. comme une rôle de super architecte voyer du Grand Paris ou même de super architecte des Bâtiments de France.

Je vous le dis, parce qu’il vaut mieux que chacun soit sûr de ce qu’il avance.

L’A.I.G.P., oui, on va travailler avec eux, mais dans l’indépendance et la liberté qui est la leur est sans qu’ils souhaitent d’ailleurs bloquer notre projet.

Je poursuis les réponses.

Madame CUIGNACHE-GALLOIS nous a dit que, notamment, l’économie parisienne souffrirait. Je vous rappelle quelques chiffres quand même : 600 entreprises créées à Paris par semaine, 3.000 par an, 30.000 habitants de plus par an, donc je crois que là-dessus, l’attractivité de l’économie parisienne n’est pas en cause. Là aussi, c’est une vision très étriquée que de penser qu’il faudrait figer la ville dans son fonctionnement des années soixante-dix pour obtenir la croissance des années soixante-dix. Cela ne marche pas comme cela, ce n’est pas du tout comme cela que cela fonctionne aujourd’hui !

Nous le savons, l’attractivité de notre ville, c’est aussi la qualité des espaces que nous proposons et quand Annick LEPETIT a reçu notamment les taxis, les professions des taxis, et qu’ils lui ont dit : “nous considérons que ce projet, même s’il va nous compliquer un peu la vie, apportera de l’attractivité supplémentaire à Paris et donc, pour cela, nous sommes pour et nous demandons des adaptations pour avoir des déposes rapides pour pouvoir acheminer des visiteurs, des touristes, etc.”, nous répondons “oui”, mais, vous voyez, ils sont plus constructifs que vous et pourtant, ils sont quand même aux premières loges derrière leur volant tout au long de la journée à Paris.

Je voudrais également, bien sûr, répondre à Christophe NAJDOVSKI. D’abord, lui dire que je prends acte, nous prenons acte d’ailleurs depuis longtemps, des points de différence, notamment sur la question du traitement de la Rive droite.

Un certain nombre de vœux qui sont présentés par le groupe “Europe Ecologie - Les Verts et apparentés” sont déjà dans la délibération, donc je vous renverrai à la délibération gentiment ; je crois qu’on est d’accord là-dessus. Il y a vraiment beaucoup de choses qui ont été reprises dans vos vœux qui sont déjà dans la délibération.

En revanche, nous sommes tout à fait d’accord pour dire que “Voguéo” doit être un transport à réactiver. Je voudrais vous préciser, là aussi, qu’on n’a pas attendu le débat aujourd’hui, puisque Annick LEPETIT, avec Pierre MANSAT, au sein du S.T.I.F. et avec également Bernard GAUDILLÈRE qui y siège ont déjà porté cette question depuis plusieurs mois et que nous allons la porter, y compris avec nos collègues voisins des communes limitrophes.

Je voudrais vous dire qu’en ce qui concerne le “Paris respire le samedi”, le Maire l’a dit tout à l’heure, non, nous considérons que là, ce serait un pas qui poserait de vrais problèmes et nous voulons qu’il y ait une adhésion à ce projet et nous pensons qu’avec son caractère ambitieux et responsable que nous proposons aujourd’hui, il y a de quoi créer de l’adhésion.

Je voudrais dire également à Christophe NAJDOVSKI qu’il a raison, tout comme, tout à l’heure, Michèle BLUMENTHAL, d’évoquer notamment les quais du 12e arrondissement et la liaison autour du port de l’Arsenal, c’est un sujet qui est très cher à Michèle BLUMENTHAL et c’est un sujet qui a été porté par les conseils de quartier du 12e arrondissement. Rendons à César ce qui revient à César, ce sont les conseils de quartier du 12e, qui ont été fortement impliqués par la mairie du 12e, qui ont porté ces propositions que nous allons retrouver dans notre projet de délibération.

Je voudrais, bien sûr, dire à Ian BROSSAT que je me réjouis de ses propositions et que la question de la fluidité des transports, le fait d’avoir une offre de transport qui arrive en même temps que les aménagements, est quelque chose qui nous guide.

Je l’avais dit au mois de juillet, une partie du réseau ferré va vraiment être renforcée entre 2011 et 2013, c’est-à-dire au moment de la mise au point de nos voies sur berges reconquises ; je pense à l’automatisation de la ligne 1, je pense également au redéploiement progressif des rames à deux niveaux sur le RER A, mais nous sommes d’accord pour aller d’ailleurs dans le sens également proposé par “Europe Ecologie - Les Verts et apparentés” et mon groupe, vers l’idée qu’il faut une offre de transport, notamment de bus, accrue ; c’est un point extrêmement important pour nous.

C’est donc un “oui” au vœu formulé, tout comme c’est un “oui” également au vœu formulé par Alexis CORBIÈRE sur la question des S.D.F. sur les voies sur berges, puisque nous savons qu’ils n’y habitent pas mais ils y sont, malheureusement, contraints.

Quelques mots aussi à Mme DATI qui nous a reparlé de sa consultation. Ecoutez, il suffisait d’être là le jour où nous avons présenté cette délibération et le sondage fait par l’I.F.O.P. pour entendre, non pas les élus de la majorité parisienne, mais le directeur de département de l’I.F.O.P., Frédéric DABI, qui, quand même, s’est étonné qu’on puisse mettre sur un même plan ce sondage et quelque chose qui relève d’une consultation dans laquelle vient voter qui veut… C’est vrai, il y avait un huissier qui a constaté qu’il y a des gens qui avaient voté et qu’ils avaient voté à 90 % contre le projet des voies sur berges, mais enfin, les méthodes scientifiques, comme l’a rappelé d’ailleurs Jean-Pierre CAFFET, d’un sondage fait selon des règles très strictes d’échantillonnage, de panel, n’ont quand même rien à voir avec ce que vous avez fait. Vous aviez tout à fait le droit de le faire, mais n’opposez pas quelque chose qui est fait selon des règles scientifiques et quelque chose qui ne l’est pas !

Je voudrais rassurer Mme DATI, parce que j’ai l’impression qu’elle n’a pas totalement compris - je ne vais peut-être pas la rassurer - que nous ne voulons pas supprimer les couloirs de bus, Madame DATI, mais non, on ne supprime pas les couloirs de bus ! Cela figure d’ailleurs noir sur blanc dans la délibération, nous sommes très attachés d’ailleurs aux couloirs de bus, et notamment sur le quai Anatole-France.

Je pense, Madame DATI, que vous n’êtes pas très constructive. C’est dommage de ne pas être très constructive et de véhiculer une vision aussi passéiste de Paris, mais bon, comme le disait le Maire tout à l’heure, peut-être devons-nous nous en réjouir.

En tous les cas, moi, je pense que l’on ne porte bien que des sujets pour lesquels on a une conviction. Nous, nous avons une conviction écologique et urbaine que nous portons avec ce projet des voies sur berges.

En tous les cas, je voudrais remercier aussi les orateurs de mon groupe, les maires d’arrondissement, notamment Michèle BLUMENTHAL, Jérôme COUMET, et Dominique BERTINOTTI, qui se sont beaucoup impliqués, qui ont beaucoup mobilisé les conseils de quartiers, ce qui sera fait autour du 4e et du 12e arrondissement, mais aussi dans le 13e arrondissement sera très intéressant pour l’ensemble des riverains...

Merci, et permettez-moi de remercier ceux qui sont dans une attitude constructive.

En ce qui concerne les maires qui sont dans cette attitude constructive, je voudrais dire à Dominique BERTINOTTI que comme elle, je partage cette idée que nous devons absolument profiter de l’aménagement de ces voies sur berges pour mieux travailler et mieux traiter la question du dernier kilomètre.

D’ailleurs, le port de Paris se situe aussi dans cette optique, et je sais notamment qu’au port d’Austerlitz, à certains endroits sur les quais, le port de Paris souhaite vraiment que nous travaillions de la même façon que cela avait été fait dans la première mandature avec la gare de Bercy, qui permet d’acheminer les marchandises des Monoprix par rail, qui sont ensuite développées par véhicule électrique dans les magasins. L’idée du port de Paris est de pouvoir travailler de la même façon en utilisant le quai ; je voudrais donc vraiment aller dans ce sens-là.

Simplement, pour conclure, je vais vous dire les étapes à venir.

Je continue à porter ce projet, au nom de notre Exécutif et de notre majorité, avec beaucoup de conviction et avec le sentiment d’être soutenue par une grande majorité des Parisiens. Je suis très sereine et très enthousiaste avec mes collègues sur ce dossier depuis le début parce que nous savons que nous sommes très soutenus, que cela répond vraiment à une aspiration très forte.

Que cela correspond également au sens de l’histoire des grandes métropoles durables du XXIe siècle. Je porte donc cela avec beaucoup de sérénité et de conviction.

Je conçois que vous ne soyez pas d’accord, c’est votre affaire. Les clivages en politique sont sains : cela permet de se démarquer et à nos concitoyens de choisir, le moment venu, sur des choses qui ne sont pas de l’ordre de... bref, je ne vais pas utiliser des termes qui fâcheraient… de l’ordre des sujets de fond.

Je me réjouis de cette différence entre nous.

Je voudrais vous dire que nos concitoyens, les Parisiens, les Franciliens, qui se sont prononcés nous disent qu’ils ont envie de se promener, de flâner, de jouer avec leurs enfants, de profiter de ces espaces magnifiques pour y faire du sport, pour être ensemble, toutes générations confondues.

C’est ce qu’ils nous disent ; je regrette que vous ne les entendiez pas, mais nous, nous les avons bien entendus. À l’issue de cette séance et de ce débat, où nous tirons le bilan de la concertation, nous allons élaborer le dossier pour l’enquête publique qui doit être présentée, et sur laquelle il y aura à nouveau une concertation très large avec un commissaire enquêteur.

Nous reviendrons à l’issue de l’enquête publique devant le Conseil de Paris avant l’été et ensuite, lorsque le vote définitif aura eu lieu en tenant compte des remarques du commissaire enquêteur, nous pourrons procéder, nous l’espérons, comme cela sera décidé démocratiquement, je l’espère dans cette enceinte, de mettre en œuvre ce beau projet pour Paris auquel nous tenons, et auquel les Parisiens tiennent également.

Je vous remercie.