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Mardi prochain le Conseil de Paris va étudier le projet d’aménagement des voies sur berges dont Bertrand Delanoé a déjà beaucoup parlé et qui a déjà fait coulé beaucoup d’encre.
Je garde un souvenir assez agréable de la campagne municipales de 2008, à l’époque aux cotés de Marielle de Sarnez nous défendions dans les 20 arrondissements, l’idée d’une coulée bleue, une promenade continue le long de la Seine. C’est évidemment un peu amusé que je regarde donc aujourd’hui la majorité municipale nous emboitait le pas sur notre idée simple mais visionnaire : l’avenir de Paris passe par la reconquête urbaine, économique, culturelle et logistique de la Seine.
Après quelques croquis séduisants diffusés par le Service Com’ du Maire de Paris, nous sommes désormais appelés à étudier « sur pièce » le projet et ses conséquences réelles.
Concrètement en quoi consiste ce projet ?
- Sur la rive droite
- La création de 2 traversées piétonnes (et donc de feux tricolores) sur les quais hauts – rive droite (Accès à la passerelle Debilly par le Boulevard de New York – Accès à la passerelle Léopold-Sédar-Senghor vers le Musée d’Orsay depuis les Tuileries)
- De l’Hôtel de Ville jusqu’au port Henri IV : Réduire la largeur des voies sur les quais bas à 6m et piétonniser l’espace ainsi libéré. Créer sur ces voies « rétrécies » des traversées piétonnes protégées et le long de la Seine aménager des points d’accueil pour des barges flottantes.
- Sur la rive gauche
- La fermeture aux voitures des voies sur berge du Musée d’Orsay au Pont Alexandre III soit 2,3km rendus aux piétons et aux mobilités douces. Les 4,5ha libérés feront l’objet d’un projet global d’aménagement axé (selon l’exécutif municipal) vers 3 thèmes : nature, sport et culture.
- La reconversion de lieux désaffectés en particulier sous le pont Alexandre III permettrait d’implanter des activités économiques. L’un des projets en particulier (qui a fait vivement réagir les habitants du VIIème arrondissement) est d’implanter une discothèque au niveau du pont le long des quais.
Pourquoi le projet du Maire est incomplet ? Je partage très largement, je l’ai dit, l’ambition de reconquérir les quais et les bords de Seine. A l’heure des grands enjeux urbains pour Paris, conquérir de nouveaux espaces publics et désenclaver ceux qui existent doivent être les 2 priorités de la politique d’urbanisme de la ville. La Seine est à ce titre un très beau réservoir de lieux nouveau, originaux et différents pour développer les espaces publics autant que des activités économiques et culturelles. Je soutiens donc l’ambition de ce projet.
De la même manière, je suis convaincu que réduire la place de la voiture est autant que souhaitable que tout simplement dans le sens de l’Histoire. Notre rôle d’élu est donc plus que jamais d’accompagner cette transition de modèle afin qu’aucun citoyen s’en trouve lésé.
Et c’est là la première erreur de Delanoé sur le projet. Une fois de plus dans une chasse anti-voitures dogmatique et quelque peu puérile, le maire annonce une fermeture brutale, définitive et arbitraire des quais rive gauche pour les voitures. Alors que la modification des comportements est progressive et que le changement d’un mode de transport individuel à un transport collectif se fait progressivement et sous réserve de solutions de remplacement, le Maire choisit une approche absolue dont les automobilistes seront les victimes avec une densification insupportable du trafic rive gauche comme rive droite, mais dont les habitants de tout le centre de Paris paieront réellement le tribut en augmentation nette des nuisances sonores, de la pollution et en dégradation de la qualité de vie.
Plutôt favorable à une fermeture de ces quais, je reproche à la ville de fermer les voies sur berges sans s’être donné les moyens de proposer d’autres solutions aux parisiens et au delà à tous les franciliens qui traversent chaque jour la capitale.
Pour cette raison, j’ai soumis au Conseil de Paris un vœu pour la mise en place de deux mesures en amont de la fermeture des voies sur berge : l’installation de parkings urbains aux portes de Paris et la densification du RER C et des lignes de bus le long de la Seine. [V41 M relatif à l’aménagement de parkings aux portes de Paris le long de la Seine. (NI)]
Parce que je crois qu’on n’administre pas une ville uniquement à la dissuasion et en rendant la vie impossible à une partie de la population pour rendre la vie des autres un peu plus agréable, je suis convaincu qu’il existe une voie pacifiée de fermeture de ses voies sur berge.
Je proposerai ainsi en séance Mardi, le caractère progressif de la fermeture afin d’en mesurer d’une part les conséquences en matière de report de trafic dans les arrondissements voisins, et d’autre part pour permettre une modification progressive des choix de mobilités des franciliens qui le peuvent. Cette fermeture devrait donc dans un premier temps être limité sur le week-end, puis sur 3 à 4 jours par semaine avant d’être actée définitivement. [V42 M relatif à la progressivité de la fermeture des voies sur berge rive gauche. (NI)]
Le coup de force réussit par la majorité municipale a été quasiment de faire croire qu’ils allaient inventer les quais piétons sur la Seine !! C’est l’un des reproches majeurs que je formule à l’attention de ce projet, il n’intègre pas la dizaine de kilomètres linéaires de quais déjà piétons et accessibles facilement (en face de la BNF, le port de Montebello ou de St Bernard, le pourtour de l’Ile de Cité…etc)
Pour construire une véritable « reconquête du fleuve », nous devrons nous occuper évidemment des tronçons inaccessibles à ce jour mais aussi et surtout valoriser l’existant qui manque cruellement d’investissement : éclairage, revêtement, accessibilités, parcours de mobilités douces.
J’ai déposé un vœu dans ce sens, et je souhaite que la ville s’engage à ouvrir les études d’aménagements qui permettront de mettre TOUS les quais de Paris à la hauteur de nos ambitions de cadre de vie. [V40 M relatif à l’aménagement des quais piétons préexistants le long de la Seine. (NI)]
Par ailleurs, comme je le rappelais l’ambition que nous portions en 2008, et en laquelle je crois encore est que nous devons relever le défi urbain de construire une continuité piétonne et cyclable le long de la Seine pour réaliser cette « coulée bleue » à l’image de la coulée verte (ou promenade plantée) du XIIème arrondissement.
De ce point de vue le projet de la Mairie n’a prévu d’investir que sur les tronçons que j’ai mentionnés sans se donner les moyens de l’intégration urbaine et des aménagements permettant le lien entre les quais existants et ceux compris dans le projet. L’amendement que j’ai déposé à cet égard corrigera, je l’espère, le projet.
Voici en quelques lignes ce qu’il manque au projet du Maire : progressivité de la fermeture, développement d’offres de transports alternatifs le long de la Seine, respect des riverains du centre et des automobilistes, investissement dans les quais piétons préexistants et dans la continuité des itinéraires piétons et cyclables le long du fleuve. Aucun de ces points n’est a priori un casus belli, et je ferais mon travail en séance pour modifier le projet du Maire et assurer la prise en compte de ces éléments.
Tribune de Jean-François Martin, Conseiller de Paris (14e) du Mouvement Démocrate
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